Pour la première fois en France, un imam sera jugé en correctionnelle, le mardi 24 mai 2005 à 14 h à Lyon pour avoir tenu des propos portant atteinte aux droits et à la dignité des femmes. L’association Femmes contre les intégrismes s’est constitué partie civile à la suite de la publication d’une longue interview de l’imam Bouziane dans le mensuel lyonnais d’avril 2004, Lyon Mag.
Dans ses propos, Abdelkader Bouziane préconise l’utilisation de la violence contre les femmes et pousse le raffinement jusqu’à décrire la manière de l’exercer sans laisser de traces. Cette attitude est contraire à la loi française et punissable. En conséquence, l’imam est poursuivi pour » provocation directe non suivie d’effet à commettre l’infraction d’atteinte volontaire à l’intégrité d’une personne. » Sans vouloir attenter à la liberté d’expression de quiconque, il ne nous paraît pas admissible qu’une expression coupable reste impunie.
Nul n’est autorisé à considérer les femmes comme des êtres inférieurs, pouvant être froidement, délibérément assujetties, battues, enfermées … Nul n’est autorisé à diffuser des idées sexistes. Faut-il le répéter, au 21 ème siècle, les femmes veulent être libres et égales en droit aux hommes ?
Notre plainte a été jugée recevable parce que les propos de l’imam incitent « à commettre le délit de violence sur conjoint ». Les violences faites aux femmes constituent un véritable fléau social qui gangrène toutes les sociétés et perpétuent dans le regard des enfants, ces adultes de demain, un mode de relations hommes-femmes inégalitaire, traumatisant et frustrant pour tous.
Depuis dix ans, l’association Femmes contre les intégrismes s’est attachée à faire connaître leurs droits aux femmes issues de l’immigration et à faire savoir qu’ils sont garantis par la Constitution Française, la Convention européenne des droits de l’homme et la CEDAW (convention internationale pour l’élimination des discriminations sexistes.)
Aujourd’hui Femmes contre les Intégrismes attend de la justice qu’elle examine avec la plus grande fermeté, la responsabilité de M.Bouziane dans sa persistance à braver la loi française, pour que soit respectée l’égalité entre les femmes et les hommes garantie par notre Constitution. Aucune autre loi ne peut prévaloir contre la loi de la République, pays de laïcité.
L’association Femmes contre les intégrismes
Depuis 1995, Femmes contre les intégrismes a mis en lumière les discriminations dues à la confrontation des lois entre pays d’origine et pays d’accueil, et lutte pour l’égalité des droits entre les femmes et les hommes, en France comme au Maghreb.
Fci relaie et soutient les mouvements des femmes démocrates au Maghreb ; a aidé des femmes menacées par les intégristes ; a suscité à Lyon la création du centre de ressources et d’accueil Fiji Rhône-Alpes ; a publié un guide » Madame, vous avez des droits » ; a organisé à Lyon deux rencontres internationales.
La dernière opération menée en 2004, » les caravanières venues du sud » a permis de réunir pendant dix jours des militantes des droits des femmes des deux rives de la Méditerranée et d’organiser des consultations juridiques, des débats et des rencontres, à partir d’un objectif : » ensemble pour les droits des femmes contre les intégrismes, laïcité et égalité entre les femmes et les hommes « .
Un livre édité par l’association vient de paraître, qui retrace les pérégrinations des caravanières en Rhône-Alpes.
{ Extrait de la notification d’ordonnance de la Cour d’appel de Lyon – Tribunal de Grande Instance – Renvoi devant le tribunal correctionnel d’Abdelkader Bouziane }
La conclusion : «il apparaît qu’Abdelkader Bouziane a librement tenu les propos incriminés, présentant ainsi le fait de battre la femme adultère comme un droit légitime du mari. Imam exerçant en France depuis plus de 20 ans, revendiquant son pouvoir de conviction, il ne pouvait pas ignorer que ces propos, tenus sans aucune réserve et largement diffusés, pouvaient inciter un certain nombre de personnes à commettre le délit de violences sur conjoint. En conséquence, il sera ordonné le renvoi devant le tribunal correctionnel de ce chef».
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