Dans son édition du 10 janvier 2008, {Courrier International} nous a donné à lire un texte d’Alberto D’Argenio traitant de la « Charte pour les musulmans d’Europe ». Cet article indique qu’il a fallu huit ans à ses rédacteurs et débatteurs pour rédiger et ajuster cette charte.
Il ne vous faudra pas plus d’un quart d’heure pour l’analyser et pour constater qu’elle ne mènera à rien de bon ; ni pour l’Europe, ni pour ses musulmans. Pour la simple raison que l’échafaudage de cette charte reste très fragile. Ses fondations sont constituées de mauvaise foi. Sa construction faite à l’aide de contorsions intellectuelles et de contournements des questions essentielles, de celles qui fâchent. C’est ce que je vais démontrer, pour montrer qu’il est aisé de balayer ces résidus d’hypocrisie dont nous avons hérité, nous musulmans, et dont l’Europe a aussi partiellement hérité. Ce faisant, je démontrerai que l’alternative de la bonne foi n’est pas aussi difficile qu’il y paraît.
Mais au préalable, je voudrais convier tout lecteur à lire et à méditer attentivement cette charte, afin d’en saisir toutes les facettes et toutes les précautions dans la formulation. Son texte intégral est disponible aussi bien sur la toile qu’en annexe à la présente page web
{{{1 – Nous musulmans d’Europe, nous devons et nous pouvons assumer toute notre Histoire}}}
Le préambule est une déclaration de bonnes intentions qui reste suffisamment vague pour susciter l’adhésion et nous préparer à un consensus qui ne heurte personne. Mais dès qu’on entre dans le vif du sujet, sous le titre {{« De la compréhension de l’islam »}}, nous nous trouvons face aux contradictions pluriséculaires des musulmans, mais aussi celles des judéo-chrétiens :
Le § 1 veut concilier les « principales règles immuables issues des sources authentiques de l’Islam » tout en « prenant en considération l’environnement contemporain ». Or, on ne peut pas être immuable et s’inscrire dans l’évolution, dans le changement qu’exigent l’espace et le temps. Je rappelle à ceux qui l’ignore ou qui pourraient l’avoir oublié, que le texte coranique, lui-même, a dû et a su s’abroger. Que Dieu s’est donc vu contraint de composer avec Chronos(1), avec le Temps, pour ordonner une chose avant de changer d’avis durant le court espace-temps de l’apostolat, allant de la Mecque à Médine avant de revenir au sanctuaire des polythéistes et d’adopter en bonne partie leurs rites, islamisés grâce à un recours à contre-Temps, considérant Abraham comme premier « musulman » ! Entre-temps, les musulmans ont dû aussi changer de cap et réorienter leurs prières vers le Sud, vers la Mecque, en tournant le dos à Jérusalem, orientation première des prières musulmanes. C’est qu’en pratique, il était devenu évident qu’il y avait plus de chance de conquérir la Mecque que de rallier les juifs de Médine à l’islam naissant.
La fidélité à cette évolution, inscrite au cœur même de la genèse islamique, nous invite donc à opter résolument pour le changement, pour la vie, à en finir définitivement avec cette variante de l’idolâtrie qui transforme le Coran en « règles immuables », définitivement figées, gravées dans des tablettes de granit, à l’instar du code de Hammourabi.
Au § 2, les rédacteurs de la charte nourrissent la même illusion que Benoît XVI, celle-là même dont se nourrissaient Averroès et ses commanditaires au pouvoir : nos rédacteurs veulent « concilier la guidance divine avec les lumières de la raison ». Or, il est enfantin d’espérer que d’une lampe nommée Raison jailliraient un jour des Anges lumineux, des Djinns et des Démons flamboyants ; sans parler de l’éblouissement que représenterait l’avènement de la résurrection sans, qu’au préalable, nous ayons perdu notre traditionnelle « raison ». Il faut s’y résigner en toute honnêteté : la foi n’aura aucune raison d’avoir existé, si la raison venait un jour à tout éclairer. Dans ce cas, la foi sera fatalement reconsidérée comme simple manque de lumière de la part de notre intellect.
La foi n’a nullement besoin d’un mariage arrangé et contre-nature avec la raison. Nos ancêtres ont déjà essayé d’organiser ces fiançailles. Mais en terre d’Islam, foi et raison n’ont jamais réussi à s’entendre ni à se regarder les yeux dans les yeux ; en toute confiance. Il nous faut renoncer définitivement à cette idée chimérique et sans avenir, après tous nos déboires passés : Averroès, qui -contre toute logique- affirmait mordicus que la Révélation et la raison étaient toutes deux vérités, des sœurs et qu’elles se soutenaient mutuellement : « car la vérité ne peut être contraire à la vérité, mais s’accorde avec elle et témoigne en sa faveur »(2). Nous savons pourtant que Averroès a très vite été enterré puis complètement oublié par les musulmans, obligés qu’ils étaient de céder du terrain en Andalousie dont certains voudraient nous repeindre la mémoire tout en rose, y compris les échecs intellectuels les plus cuisants. C’est tout de même Ernest Renan qui a offert à Averroès une renaissance et une réelle reconnaissance pour le travail de grand commentateur d’Aristote qu’il a bien été. Il a démontré que les averroïstes latins ont compris à leur manière et « instrumentalisé » la pensée du maître pour installer finalement la raison, comme instance indépendante, face à l’hégémonie de la foi, représentée par l’Eglise. Et c’est bien pour cette raison que leur averroïsme a été considéré comme hérétique(3).
A partir du § 5, la charte passe aux choses sérieuses : sans vergogne, on y affirme que « L’islam honore l’Homme, un honneur qui englobe aussi bien l’homme que la femme sans distinction aucune. ». Ce gros, très gros mensonge, qui contredit l’Histoire la plus élémentaire, est confirmé au § 7 : l’Islam « bannit toute idée ou attitude portant atteinte à la femme ou la privant de ses droits légitimes ». C’est comme si la polygamie, le droit de battre sa femme dès qu’on craint ses incartades et de la répudier sans en référer, au préalable, à un juge pouvaient être considérés comme des marques de respect à l’égard des femmes !
Avec un peu d’esprit, les rédacteurs de cette charte auraient pu étayer leur hypothèse de travail en rappelant que le prophète Mahomet, le meilleur interprète par sa pratique de l’égalité entre homme et femmes, en honorait jusqu’à 11 à la fois et qu’il nous a légué neuf veuves interdites de remariage : elles ont été élevées par le Coran au statut enviable de « mères des croyants »(4).
{{{2 – On ne peut rien construire sur le mensonge}}}
Et comme tout mensonge en appelle d’autres, le § 9 affirme ceci : « L’Islam respecte les droits de l’Homme et appelle à l’égalité entre les êtres humains ». Bonne nouvelle ! Selon la F.O.I.E., l’Islam a donc toujours proclamé l’égalité entre croyants et mécréants, entre musulmans et autres croyants. En toute logique cette fédération serait donc prête à accepter que l’Europe nous réserve, à nous musulmans d’ici, un statut équivalent à ceux des protégés (des dhimmis) en terre d’islam. L’Europe pourrait donc nous exempter ou nous exclure de tout service ou métier militaire. Nous serons obligatoirement les artisans de la paix : nous n’aurons jamais de cas de conscience, puisque sa gracieuse Majesté, la reine d’Angleterre, nous aura épargné d’affronter nos frères musulmans en Irak ou en Afghanistan.
George W. Bush, ne renierait certainement pas la formulation du § 10 de cette charte. Il y est question de guerre et du Bien qu’elle a toujours été censée garantir à l’humanité : « Le concept de Djihad, tel qu’il est mentionné dans les textes islamiques, définit l’effort à fournir dans la quête du Bien, … ». Tout le monde le conçoit aisément : c’est bien l’effort dans la voie du Bien qui a poussé mes ancêtres arabes et berbères jusqu’à Poitiers : il ne promettaient pas encore la démocratie, comme c’est la cas de Bush, mais, comme lui, ils étaient porteurs de « civilisation ». Ce fut aussi le cas pour les Turcs ottomans : leur Bonté les a poussés par deux fois jusqu’aux portes de Vienne. Le même cas a été réédité par les preux cavaliers Mongols qui ont mis fin à la dynastie abbasside de Bagdad. Ils fusionneront un peu plus tard avec d’autres peuples d’Asie centrale et puis continueront à razzier, la conscience tranquille, au nom d’Allah cette fois-ci. La civilisation mogole en est bien l’éclatante réussite. Elle a bien pu servir de justification à posteriori ; une fois que l’appât du gain , les massacres et le butin avaient été oubliés. Et c’est bien ce flambeau qui éclaire la voie de la civilisation, de la prospérité et du Bien, tout le monde en convient, que les Etats-Unis ont repris aujourd’hui, au cœur-même de Bagdad. Ils essaient vainement de nous faire oublier qu’il s’agit d’une poudrière, dont l’enjeu est constitué de champs pétrolifères.
Autrement dit, le Bien a toujours été du côté de ceux qui n’ont aucun scrupule à s’absoudre, à mentir tout en commençant leur discours par le célèbre « Au nom de Dieu » ou le terminent par le non moins célèbre « God bless America ! ». La F.O.I.E. ne conçoit donc de Djihad que pour le Bien de l’humanité. Bush ne conçoit de contre-Djihad que pour le Bien de l’humanité. Dans ce jeu de cache-cache macabre, c’est toujours le plus menteur et le plus intimidant des deux qui lèguera son fin mot à l’Histoire.
N’hésitons surtout pas à croire toutes ces déclarations et ces bonnes intentions ! Considérons ainsi, que cette fédération a donc fait amende honorable : qu’elle soit définitivement exonérée de condamner tout appel au Djihad, qu’il soit pure citation du Coran ou composition moderne prônant le combat armé pour prendre la place des différentes dynasties, royales et républicaines, bien installées actuellement en terre d’islam !
Le § 12 entérine, sans la démontrer, la compatibilité de l’alternance démocratique et de la consultation islamique (shûrâ). Il ne précise pas, par exemple, que la Loi islamique, en matière de libertés individuelles prime sur les libertés démocratiques, acquises de haute lutte : caricatures de Mahomet, critique du Coran, par exemple.
La deuxième petite moitié de la charte traite « {{De la présence de l’Islam dans la société}} »
Le § 14 rappelle aux musulmans vivant en Europe le devoir de non-discrimination entre eux et la fraternité qu’ils se doivent les uns aux autres. Non pas en vertu d’une quelconque loi de l’Union Européenne, mais dans le cadre communautaire « de l’union que prône l’islam », « des valeurs fondamentales et immuables de l’Islam ». Cette référence n’est nullement celle qui instaure une égalité entre tous les êtres, indépendamment de leur ethnie ou de leur croyance. Ce paragraphe revient donc, sans l’expliciter, à réactiver le concept de la oumma (« nation » de l’islam, communauté islamique) où les hérétiques n’ont pas droit de cité et aucun droit au respect : les « sectes » issues de l’islam comme les Alaouites, les Ahmadiyyas ou les Baha-ïs n’auront certainement aucune chance d’être intégrés à la communauté de la F.O.I.E.
Au § 15 on admet la possibilité de divergence entre musulmans, mais c’est pour s’empresser de faire référence à une mythique unanimité qui n’a jamais existé ; sauf pour exclure, chacun de son côté l’autre, considéré comme « hérétique » ou « mécréant ».
Sous le titre pompeux d’« {{Exigences de la citoyenneté}} » on s’attendrait vainement à ce que la F.O.I.E. nous demande des efforts, à nous musulmans d’Europe. L’optique sous-jacente est très simplement biaisée : l’Europe nous doit tout ! On n’est tout de même pas là pour que la citoyenneté exige de nous des changements et des efforts ! Autrement dit, nous sommes toujours les éternelles pauvres « Indigènes de la République » qu’ils faut laisser macérer dans leur couveuse, comme au bon vieux temps, lorsque la loi 1905 ignorait superbement que l’Islam faisait partie de l’Empire français.
Le § 17 explique que les musulmans ont le droit de faire du lobbying auprès des autorités, ce qui est une évidence et un acquis à l’honneur de la République et de l’Europe. La sécularisation n’est envisagée au § 18 qu’à sens unique : « la neutralité de l’Etat à l’égard du religieux ». On n’y considère que les droits des musulmans ; nullement leurs devoirs, sauf envers l’Islam : « Il est de leur droit de pratiquer leur culte et de se conformer aux règles de leur religion dans la vie quotidienne en ce qui concerne les prescriptions alimentaires et vestimentaires, entre autre ». Relevons que la liste n’est pas fermée et, qu’en toute logique, elle peut s’enrichir d’autres « exigences » de la citoyenneté.
Malgré tout, ce chapitre nous fait bien comprendre que la Fédération des Organisations Islamiques d’Europe ne remet jamais en question les prescriptions islamiques qui, quoi qu’elle en pense, nous enferment, nous musulmans et musulmanes, dans des ghettos culinaires, matri-vestimentaires et sépulcraux.
Ces organisations, fidèles à l’esprit archaïque, séparatiste et réactionnaire qui anime l’Islam très classique, font délibérément le choix des voiles. Elles ne nous dissimulent même plus la ségrégation dont elles sont les organisations-mères : la fonction première des voiles est de nous indiquer que la musulmane est « préservée », c’est à dire pré-réservée aux musulmans et aux convertis bien circoncis. C’est ainsi que la F.O.I.E. entend baliser nos ghettos matrimoniaux en usant d’un subterfuge, d’un euphémisme « vestimentaire ».
Ces organisations n’envisagent nullement de partager, ni la couche, ni le repas, ni la fête des sabreurs de champagne et des mangeurs de porc. Elles ne goûteront pas à la nourriture de ceux qui chérissent tous les produits du terroir et elles inviteront plutôt nos enfants, à faire table à part dans nos cantines scolaires. A moins que toutes les cantines ne finissent par adopter les produits « licites » du point de vue islamique (halâl), taxés au passage pour la bénédiction et la certification délivrée bien évidemment par des préposés musulmans. En un mot : la F.O.I.E. a la ferme intention de freiner et de limiter au maximum notre intégration par le partage confiant et à deux sens. Il sera tout à fait illusoire de songer à notre éventuelle assimilation.
Ne vous attendez surtout pas à ce que ces organisations nous appellent, nous musulmans de France, à nous faire enterrer en rang, à côté de nos voisins et concitoyens du cimetière communal qui, depuis 1881, n’est plus confessionnel. Pour cette fédération, la communauté primera toujours sur la citoyenneté et ce sont des carrés à part et à l’écart qu’elle nous réservera. En un mot, les organisations musulmanes qui adhèrent à la présente charte ne cherchent pas à nous éviter les ghettos que les interdits et prescriptions judéo-islamiques consolident et permettent de maintenir au fil des siècles, si ce n’est des millénaires.
Ce sont des interdits et des prescriptions qui n’hésitent pas à marquer les petits garçons dans leur chair, comme des agneaux devant porter la marque du troupeau, s’ils venaient à s’égarer. Ces interdits et prescriptions organisent et instituent un terrible contrôle social passant par l’estomac, par le bout du zizi, par le regard malsain porté sur le corps de notre douce moitié, s’il ne se permet pas carrément de l’exciser au sein de certains pays et ethnies.
Ce contrôle social, au nom de la religion, est donc à la charge des membres de la famille, soutenus et en même temps surveillés par le clan et par la communauté. Emmaillotés dans une chaleur filiale, la couveuse clanique et communautaire finit par étouffer notre désir d’émancipation et par gêner toute velléité d’une réelle ouverture, bilatérale et bidirectionnelle aux autres citoyens ; sans murs ni cloisons.
Il est donc temps de clarifier le débat au sein de notre nouvelle communauté humaine européenne et d’indiquer clairement que la Fédération des Organisations Islamiques d’Europe milite pour un vivre à côté, à part ou à l’écart, mais certainement pas pour un réel vivre-ensemble. Après une expérience historique et tragique vieille de plus de deux millénaires, il nous incombe d’avoir le courage, l’honnêteté et la lucidité pour dresser le constat d’échec que tout le monde connaît : les religions monothéistes à l’ancienne sont conçues avant tout pour « séparer le bon grain de l’ivraie », mais pas pour faire lien et encore moins pour faire société. A moins de confondre délibérément communauté et société.
Pour que le XXIe siècle offre un regain à l’humanisme et ne constitue pas une promesse de ghettos, derrière des murs religieux, il nous faut mettre à nu et dénoncer ce projet de la Fédération des Organisations Islamiques d’Europe. Il n’augure rien de bon puisqu’il considère que, nous musulmans, nous resterons recroquevillés sur des traditions d’un autre espace-temps. Ces traditions qui ont certes constitué notre gloire d’antan, mais qui ne sont en aucun cas adaptées à notre référentiel qui n’a rien à voir avec l’ancien monde clos, enrobé de sept cieux superposés(5).
{{{3 – Ouvrez-vous mais laissez-nous nous enfermer}}}
Le reste de la charte n’est rien d’autre qu’un appel aux organisations politiques européennes pour qu’elles fassent plus de place à des citoyens musulmans ; comme si nous n’étions, nous musulmans, que de simples compléments d’objet, jamais sujets, capables d’être placés devant des verbes actifs et transitifs. Autrement dit, la F.O.I.E. nous prend toujours pour des incapables ou des passifs !
Elle nous voit uniquement et toujours sur la défensive, cherchant à préserver notre identité, à sauvegarder notre personnalité (§ 20). C’est donc là le nœud du problème, le complexe pourrait-on dire, dont la F.O.I.E. ne veut pas se défaire pour préserver si ce n’est revivifier son antique façon de témoigner sa foi (martyrium en latin). Nous considérant uniquement comme une sorte de troupeau, victime des loups, cette fédération peut ainsi, tout bonnement, s’attribuer le rôle de la bergère et du bon pasteur.
Mais en réalité, cette fédération a de sacrés problèmes avec l’identité française et européenne qui n’est pas uniquement judéo-chrétienne, mais aussi gréco-romaine et païenne (du mot paysan). La F.O.I.E. n’a nullement l’intention de toucher là où ça nous fait mal ; d’oser crever notre abcès ancestral. Comme si elle avait peur de nous voir en mourir et, elle, d’en dépérir. Mais il faut comprendre ces organisations fédérées, trop attachées à un autre espace-temps : l’esthétique et l’éthique européennes leur lancent de réels défis qu’elles n’ont jamais su, mais surtout jamais voulu relever par manque de bonne foi.
Aucune éthique n’a pu être réellement développée en terre d’islam puisque nous y avons toujours manqué de liberté pour l’individu et d’égalité entre les êtres en tant qu’individus et en non pas uniquement en tant que masse informe constituant des clans, des tribus ou des communautés. Et c’est ainsi qu’une « morale » inégalitaire et coercitive, faite de restrictions et d’interdits, a fait office d’éthique, jamais profonde, ayant toujours besoin de contrainte permettant d’obtenir l’allégeance.
Quant à l’esthétique islamique, elle a dû souvent renoncer à la représentation des êtres dans toute leur beauté. Le nu divin des Vénus et Apollon est resté l’apanage, le domaine réservé à la création occidentale, même pour les odalisques bien orientales. Sur la scène publique, les musulmans n’ont donc eu droit qu’à l’abstraction très désincarnée. Quelques périodes bénies de transgression ont pu avoir lieu au contact des Byzantins et surtout à partir de la domination turco-mongole, inspirée par l’Asie centrale et par les arts de Chine. Cette période nous a légué de magnifiques miniatures persanes, trop longtemps réservées aux princes et princesses qui avait accès aux manuscrits les contenant. C’est grâce aux techniques occidentales de reproduction en masse, que nous avons pu enfin partager ce précieux patrimoine mondial de l’humanité.
{{{4 – Mais que devons-nous à l’Europe ?}}}
Les quatre derniers paragraphes, rassemblés sous le titre « l’apport de l’Islam à l’Europe », ne considèrent jamais nos relations avec l’Europe sous l’angle de l’échange fructueux à deux sens ni celui de la réciprocité : les auteurs de cette charte ne veulent en aucun cas considérer et devoir reconnaître notre réelle dette de musulmans envers l’Europe, depuis la Grèce jusqu’à aujourd’hui.
Il se peut que ces auteurs n’aient jamais digéré la révolution copernicienne et la façon dont Galilée a enterré la physique géocentrique d’Aristote, chère à son commentateur Averroès. Galilée qui a osé offrir une renaissance éclatante à la physique géométrique et expérimentale d’Archimède, premier contradicteur d’Aristote, ce bon logicien, mais piètre géomètre sur lequel le Moyen-âge judéo-islamo-chrétien avait tout misé.
Seulement, il faut nous comprendre ! : il nous est difficile, nous musulmans, de renoncer au monde clos du Moyen-âge dont nous connaissions toutes les alambiqués circonvolutions. Nous en étions les experts, aussi bien en astronomie qu’en géométrie. Allez à l’Institut du Monde Arabe, admirez donc tous nos astrolabes et flattez-nous ! Vous comprendrez bien que nous avons notre fierté et que nous devons tenir tête à cette Europe prétentieuse et conquérante qui, depuis Napoléon et Champollion, nous oblige à descendre de notre piédestal, à découvrir notre propre histoire que nous ne savions pas déchiffrer. Pourtant, le Coran nous a toujours expliqué que nous étions une communauté élue, dans la bonne lignée d’Abraham, que nous étions la « meilleure communauté donnée au monde »(6). Cette Europe ose nous inviter à rejoindre l’humanité sur un même pied d’égalité, logés à la même enseigne que ces milliards de mécréants, de négateurs d’Allah et de son prophète, de blasphémateurs, de caricaturistes, de Rushdie, Ratzinger et Redeker et même d’homosexuels et de dévergondés déclarés ! Mais c’est la fin du monde !
Il n’a donc pas suffi à l’Europe de nous détrôner : elle a d’abord démenti nos certitudes médiévales, dépecé notre Califat, découpé nos empires Ottoman, Perse et celui des Indes. Tous nos sultanats lui ont été soumis, de l’Atlantique jusqu’au fin fond du Pacifique.
Espère-t-elle aujourd’hui nous désillusionner définitivement !? Non mais ! Elle ne soupçonne certainement pas que nous disposons d’une têtue Fédération d’Organisations des Musulmans d’Europe, décidés à résister à tout progrès, prêts à en perdre et leur âme et leur crédibilité ?!
{{{5 – Et pourtant, c’est si simple d’être de bonne foi}}}
Nous autres musulmans d’Europe, nous pouvons mieux faire. Nous devons tout simplement assumer notre Histoire telle qu’elle est : avec ses gloires et ses lumières, mais aussi avec ses défaillances, ses obscurités et finalement sa faillite.
Pour devenir libres, nous devons d’abord nous libérer de nous-mêmes, de la tentation consistant à trafiquer l’Histoire. Ce n’est pas dans l’islam (ou Islam) classique que nous trouverons la Liberté et l’Egalité comme nous les chérissons aujourd’hui. La Fraternité ne peut être réservée aux seuls musulmans et aux gens du Livre, elle doit inclure les athées, les apostats et les blasphémateurs invétérés. Il n’y a que cette Fraternité-là qui mérite son nom et non pas celle qui nous enferme dans une famille, dans un clan ou dans une communauté de foi. La fraternité européenne et humaniste dépasse de loin celle de la charité dont l’islam (l’Islam) prive ses opposants.
Assumons-nous donc pour pouvoir enfin changer et adhérer aux réelles valeurs de l’Europe, sinon nous condamnerons nos enfants et petits-enfants à vivre à part ou à l’écart de cette belle Europe, en perpétuel conflit intérieur avec ce qui l’a constitué. Certes, ils pourront vivoter ainsi, mais ce n’est tout de même pas un avenir souhaitable. Ni pour eux ni pour l’Europe de demain.
{{{Appréciation générale}}}
{{ Je ne vous mentirai pas, mes chers coreligionnaires de la F.O.I.E. : vous pouvez et vous devez mieux faire !}}
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(1) Chronos, le Temps, ad-Dahr des Arabes, est le plus terrible des dieux : il en a avalé des dieux d’Occident et il n’épargne point ceux qui sont originaires d’Orient. Zeus a cru un moment échapper aux puissantes machoirs de son père, mais ce n’était que partie remise.
(2) Averroès, Discours décisif, traduction de Marc Geoffroy, introduction d’Alain de Libera, Flammarion, Paris 1996, § 18, page 119.
(3) – Ernest Renan – Averroès et l’averroïsme ; Maisonneuve & Larose, Paris 2002
(4) – Détails dans Ibn Hichâm : As-sîra an-nabawiyyah (Vie exemplaire du Prophète)
السيرة النبوية إبن هشام مؤسسة النور للمطبوعات بيروت لبنان 2004 الجزء الرابع الصفحات 181 – 188 : ذكر أزواجه (صلى الله عليه وسلم) أمهات المؤمنين
(5) Coran LXVII, 3
(6) Coran III, 110
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Annexe : texte intégral de la charte tel que reproduit par le site [rabita.ch->http://www.rabita.ch/index.php?option=com_content&task=view&id=13&Itemid=9]:
{{{CHARTE POUR LES MUSULMANS D’EUROPE}}}
Dès le début de l’année 2000, La Fédération des Organisations Islamiques d’Europe (FOIE) avait estimé qu’il est nécessaire de rédiger une Charte pour les musulmans d’Europe qui énonce des principes fondateurs à la bonne compréhension de l’Islam et explicite les bases de l’intégration des musulmans dans le cadre de la citoyenneté. « O hommes ! Nous vous avons crées d’un homme et d’une femme, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entre connaissiez » (Le Saint Coran, Sourat 49, verset 13)
CHARTE POUR LES MUSULMANS D’EUROPE
{{PRÉSENTATION}}
Dès le début de l’année 2000, La Fédération des Organisations Islamiques d’Europe (FOIE) avait estimé qu’il est nécessaire de rédiger une Charte pour les musulmans d’Europe qui énonce des principes fondateurs à la bonne compréhension de l’Islam et explicite les bases de l’intégration des musulmans dans le cadre de la citoyenneté.
La FOIE a alors chargé une commission de préparer un projet de Charte qui a été par la suite discuté dans les différentes instances dirigeantes de la FOIE. Puis, en janvier 2002, à Bruxelles, le projet fut présenté lors d’une réunion plénière, aux délégués de très nombreuses organisations musulmanes européennes.
Après de fructueuses discussions et la prise en compte des amendements et suggestions, la version finale actuelle fut adoptée et signée par des institutions musulmanes dans 28 pays européens. (Voir annexe)
L’adoption et la signature de cette Charte demeurent ouverts à toute autre institution qui décide d’y adhérer.
{{PREAMBULE}}
La présente charte précise un certain nombre de principes fondateurs à la bonne compréhension de l’Islam dans le contexte européen. Aussi, se propose-t-elle, de consolider les bases d’un échange positif dans la société.
Cette charte s’appuie, notamment, sur :
- L’apport de l’Islam dans l’enrichissement de la civilisation européenne et la présence séculaire de musulmans de souche européenne – plus particulièrement à l’Est de l’Europe – en plus de la présence musulmane contemporaine.
- La nécessité de consolider une citoyenneté fondée sur la justice, l’égalité des droits et la reconnaissance aux musulmans du statut de communauté religieuse européenne.
- Le nécessaire rapprochement entre les musulmans d’Europe afin d’accompagner et de soutenir l’élargissement et le développement de l’Union Européenne
- La consolidation des valeurs d’entente, de paix et de bien-être social, et le renforcement des valeurs de modération, de dialogue et d’échange entre les peuples et les civilisations loin de tout extrémisme et de toute marginalisation..
- La place importante de l’Islam dans le monde et son potentiel humain, spirituel et civilisateur nécessitent davantage de coopération et de rapprochement entre le Monde musulman l’Occident en général, et l’Europe en particulier afin de promouvoir la justice et la paix dans le monde.
Ces considérations ont conduit les institutions musulmanes européennes à élaborer cette charte en vue de soutenir le rôle utile des musulmans en Europe et d’établir des liens constructifs avec le Monde musulman.
{{DE LA COMPREHENSION DE L’ISLAM}}
1. Notre compréhension de l’Islam se réfère à de principales règles immuables issues des sources authentiques de l’Islam : le Saint Coran et la Sunna (tradition du Prophète), compréhension s’inscrivant dans une acceptation consensuelle et prenant en considération l’environnement contemporain et les spécificités de la réalité européenne.
2. La compréhension qui exprime l’essence même de l’Islam est celle qui consiste à choisir le juste milieu dans le cadre des objectifs universels de cette religion. Un juste milieu qui bannit l’excès et le laxisme, qui concilie la guidance divine avec les lumières de la raison, qui respecte le juste équilibre entre le besoin matériel et le besoin spirituel de l’Homme et qui conçoit la vie comme une harmonie entre la recherche de l’au-delà et le bien être d’ici-bas.
3. L’Islam, de par ses principes, règles et valeurs, s’articule autour de trois domaines :
- Le dogme (al ;aqidah) et ses six piliers : croire en Dieu, en Ses Anges, Ses Livres, Ses Messagers, au Jour dernier et au Destin.
- La législation (la Charia) qui concerne aussi bien le culte que les actes de la vie courante.
- Les règles morales qui définissent la voie du Bien.
Ces trois domaines, liés et complémentaires, visent à favoriser ce qui est profitable à l’Homme et à repousser ce qui lui est nuisible à titre individuel et collectif.
4. Parmi les caractéristiques générales de l’Islam : sa considération de la dimension humaine, sa souplesse législative et son respect de la diversité des êtres humains.
5. L’Islam honore l’Homme, un honneur qui englobe aussi bien l’homme que la femme sans distinction aucune. Cela exige sa protection contre tout ce qui peut porter atteinte à sa vie, à sa dignité, nuire à ses facultés mentales, attenter à sa santé ou exploiter sa vulnérabilité et sa faiblesse pour le priver de ses droits ou l’agresser.
6. L’Islam accorde une importance particulière à la dimension sociale et prône compassion, entraide, solidarité et fraternité. Toutes ces valeurs s’appliquent en particulier aux droits des parents, des proches et des voisins. Elles s’appliquent également aux droits des pauvres, des nécessiteux, des malades et des personnes âgées sans distinctions de leurs croyances et de leurs origines.
7. L’Islam, dans le cadre de la dignité humaine et du respect mutuel, appelle à l’égalité entre l’homme et la femme. Il considère que la vie équilibrée se construit sur la complémentarité et l’harmonie entre eux. Il bannit toute idée ou attitude portant atteinte à la femme ou la privant de ses droits légitimes, quelles qu’en soient les justifications se référant à certaines traditions, us et coutumes. L’Islam reconnaît à la femme son rôle indispensable dans la société et s’oppose à son exploitation et à toute approche la réduisant à un simple objet de plaisir.
8. L’Islam considère que la famille, unie et bâtie sur les liens du mariage entre l’homme et la femme, est le berceau naturel dans lequel seront élevées les générations futures. Elle est aussi la condition indispensable au bonheur de l’Homme et à la stabilité de la société. Aussi, l’Islam insiste-t-il sur la nécessité de prendre toutes les dispositions afin de consolider l’édifice familial et le préserver de ce qui pourrait l’affaiblir ou marginaliser son rôle.
9. L’Islam respecte les droits de l’Homme et appelle à l’égalité entre les êtres humains. Il combat toutes les formes de discrimination raciale, proclame la liberté, condamne la contrainte en religion et laisse à l’individu le libre choix de ses croyances. Il recommande cependant, dans sa vision équilibrée, que cette liberté obéisse aux valeurs morales afin d’éviter les atteintes à l’intégrité personnelle ou d’autrui.
10. L’Islam appelle les hommes à se connaître et à œuvrer pour le dialogue et la coopération entre les peuples et les nations, afin d’assurer la stabilité et garantir la paix dans le monde. Le concept de Djihad, tel qu’il est mentionné dans les textes islamiques, définit l’effort à fournir dans la quête du Bien, à commencer par l’effort sur soi-même jusqu’à la promotion de l’équité et la de justice entre les hommes.
L’acception du Djihad, en tant que combat armé, doit être comprise comme l’ultime recours auquel peut faire appel un Etat souverain pour se défendre légitimement contre toute agression armée. Ce que prévoit l’Islam dans ce cas, n’est nullement différent du droit international.
En vertu de quoi, l’Islam refuse la violence et le terrorisme, soutient les causes justes et reconnaît aux hommes la légitimité de défendre leurs droits par les voies légales loin de toute partialité et de toute injustice.
11. L’Islam appelle le musulman à l’honnêteté et au respect de ses engagements. Il lui interdit la trahison et la tromperie. Il lui ordonne l’excellence et le respect dans ses rapports avec autrui ainsi qu’avec toutes les autres créatures.
12. Compte tenu des vertus de la concertation (al shoura) et considérant les acquis de l’expérience humaine dans les domaines de l’action politique, législative et constitutionnelle, l’Islam reconnaît les principes du système démocratique fondé sur la liberté de choisir ses institutions politiques et sur le respect du pluralisme et de l’alternance pacifique du pouvoir.
13. L’Islam appelle l’Homme à l’exploitation responsable du patrimoine naturel qui lui a été donné, dans le respect de l’environnement et le devoir de le protéger de la pollution, de la dégradation et de tout ce qui pourrait rompre l’équilibre naturel. Il recommande aussi de sauvegarder les ressources naturelles, insiste sur la protection des animaux et interdit le gaspillage et la dilapidation des richesses.
{{DE LA PRÉSENCE DE L’ISLAM DANS LA SOCIÉTÉ}}
Fondements des rapports entre musulmans
14. Les musulmans vivant en Europe, par de là leurs différences ethniques et culturelles, et la diversité de leurs rites et leurs appartenances aux différentes écoles jurisprudentielles, constituent, dans le cadre des valeurs fondamentales immuables de l’Islam, une entité unie dans la fraternité islamique. Ils sont également liés, dans chaque pays européen, par leur appartenance à la même entité nationale. Toute discrimination ethnique entre eux est une entorse aux valeurs de l’union que prône l’Islam.
15. Considérant les principes fondamentaux de l’Islam et les intérêts qu’ils ont en commun, les musulmans d’Europe sont appelés à œuvrer pour se rencontrer, s’entraider et coordonner les efforts de leurs institutions et leurs organisations.
Ceci n’interdit nullement particularismes et diversités, tant que ces différences restent conformes aux principes immuables de l’Islam et demeurent dans le cadre de la foi et des règles islamiques unanimement admises.
16. Tout en vivant leur appartenance aux différents pays européens et tout en accordant la primauté aux exigences de la citoyenneté, les musulmans d’Europe sauvegardent leur lien de fraternité avec tous les musulmans. Il s’agit d’un lien qui s’inscrit dans le cadre des relations naturelles entre membres d’une même communauté.
{{Exigences de la citoyenneté}}
17. Les musulmans d’Europe respectent les lois et les autorités compétentes chargées de les appliquer. Ceci ne les empêche pas, dans le cadre de ce qui est garanti à tous les citoyens, de défendre leurs droits et d’exprimer leur opinion et leur position, individuellement ou collectivement.
Ce droit à l’expression concerne aussi bien les problèmes spécifiques à la communauté musulmane que ceux communs à tous les citoyens. Lorsque les lois en vigueur s’opposent éventuellement aux pratiques et règles islamiques, les musulmans sont en droit de s’adresser aux autorités pour expliquer leurs points de vue et exprimer leurs besoins et ce, dans le but de trouver les solutions les plus adaptées.
18. Les musulmans respectent le principe de sécularisation fondé sur la neutralité de l’Etat à l’égard du religieux. Ceci implique un traitement équitable avec toutes les religions et garantit aux fidèles d’exprimer leurs convictions et de pratiquer leur culte, individuellement et collectivement, en privé et en public, conformément aux dispositions des droits de l’Homme et des conventions en Europe et à travers le monde. De ce fait, il est du droit des musulmans d’Europe en tant que communauté, de construire leurs mosquées et leurs propres institutions cultuelles, éducatives et sociales. Il est aussi de leur droit de pratiquer leur culte et de se conformer aux règles de leur religion dans leur vie quotidienne en ce qui concerne les prescriptions alimentaires et vestimentaires entre autre.
19. Les musulmans d’Europe en tant que citoyens européens considèrent qu’il est de leur devoir d’œuvrer pour l’intérêt général. Ils considèrent que l’exigence d’assumer leurs devoirs de citoyens est aussi importante que celle qui consiste à défendre leurs droits. Ils considèrent enfin, que la compréhension authentique de l’Islam exige du musulman d’être un citoyen actif, productif et utile à la société.
20. Les musulmans en Europe sont appelés à s’intégrer de manière positive dans leurs sociétés respectives, sur les bases d’un équilibre harmonieux entre la préservation de leur identité musulmane et leurs devoirs de citoyens. Toute intégration qui dénie aux musulmans le droit de sauvegarder leur personnalité et d’exercer leur culte, ne sert en vérité, ni les intérêts des musulmans, ni ceux des sociétés européennes auxquelles ils appartiennent.
21. Les musulmans d’Europe sont appelés à adhérer à la vie politique générale de leurs pays en tant que citoyens actifs. La citoyenneté véritable implique en effet l’engagement politique, à commencer par l’exercice du droit de vote en passant par la participation aux institutions politiques. Ceci serait facilité si ces institutions s’ouvraient davantage à l’ensemble des membres et catégories de la société, une ouverture qui prend en compte toutes les compétences et les idées.
22. Les musulmans en Europe vivant dans des sociétés où coexistent diverses convictions religieuses et philosophiques, confirment leur respect pour cette pluralité. Ils considèrent que l’Islam reconnaît le droit à la diversité et à la différence, et ne cherche nullement à les restreindre. Tout au contraire, il appelle à la connaissance mutuelle, à la coopération et à la complémentarité entre les membres de la même société.
{{L’apport de l’Islam en Europe}}
23. L’Islam, par ses principes humanistes universels, adhère au rapprochement entre les hommes qui respecte les droits des peuples et leurs particularismes et se conforme aux règles de justice dans les échanges et la coopération entre les hommes, loin de toute idée de domination et d’exploitation. Partant de ces principes, les musulmans en Europe considèrent qu’il est de leur devoir de participer à la consolidation des relations entre l’Europe et le Monde musulman. Cela exige de se libérer des préjugés et des images négatives qui se dressent entre l’Islam et l’Occident afin de construire des liens de rapprochement entre les peuples, et d’édifier des passerelles d’échanges fructueux entre les civilisations.
24. L’Islam, par les valeurs humaines qu’il porte et les expériences civilisatrices dont il est riche, peut à travers la présence musulmane en Europe participer à la consolidation de la place des valeurs utiles aux sociétés contemporaines telles que la justice, la liberté, la fraternité, l’égalité et la solidarité. Il accorde la primauté à la dimension humaine et morale dans le domaine social et celui du progrès scientifique, technique et économique. Cette participation ne peut être que bénéfique et enrichissante pour l’ensemble de la société.
25. La présence musulmane en Europe représente un élément important dans l’établissement des liens de cohabitation et d’échange entre les différentes religions et croyances, et ce, à travers, la promotion du dialogue interreligieux et intellectuel. L’Islam appelle à ce dialogue et l’encourage afin de préserver la paix dans le monde.
26. Les musulmans en Europe, par leur patrimoine religieux et leur présence dans les différents pays européens, constituent un facteur de consolidation aux efforts de rapprochement au sein de l’Union Européenne. Ceci fera de l’Europe un pôle important de civilisation, capable – grâce à sa richesse et à sa diversité religieuse et culturelle – de jouer un rôle déterminant pour assurer l’équilibre dans le monde.
« O hommes ! Nous vous avons crées d’un homme et d’une femme, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entre connaissiez » (Le Saint Coran, Sourat 49, verset 13)
Dernière mise à jour de la charte : ( 25-03-2007 )