Voici donc le texte de M. Sifaoui, en gras, auquel j’ai ajouté des numéros de paragraphes et des commentaires.
Nécessaire mise au point
§1 - Le site de « Riposte laïque » animé par notre "ami" Pierre Cassen a donné son point de vue sur la soirée de soutien organisée en faveur d’Ayaan Hirsi Ali. Si je partage l’essentiel de l’avis exprimé dans cet article, quelques points me posent un problème de fond et je voudrais expliquer ma position loin de tout esprit polémiste. Je suis même prêt à en débattre publiquement à l’occasion.
Commentaire §1 – Rien à dire sauf que j’aimerai bien débattre publiquement avec M. Sifaoui. La seule et première fois où nous nous sommes trouvés invités à la même conférence, ce fut au Sénat. J’avais démontré que le jihad contre les mécréants et les apostats n’était pas inventé par les islamistes mais bel et bien par le coran, interprété dans la pratique par Mahomet. M. Sifaoui m’a opposé le fait que l’islam énonce aussi « nulle contrainte en religion » et que ce sont les islamistes qui choisissent les autres parties du coran. Il n’a pas précisé si le prophète était islamiste dans sa pratique qui a permis de conquérir toute l’Arabie ; de son vivant. Et bien plus après, en s’en inspirant.
§2 - Je constate d’abord – et je l’écris avec lucidité et sérénité – que la mode qui est en train de se développer consiste à « soutenir » de manière très sélective et avec une émotion tout aussi sélective celui ou celle qui rejette le plus l’islam. Le curseur du soutien est placé de manière proportionnelle au degré du rejet qui va de l’islamisme à l’islam. Aussi, si la dénonciation de l’islamisme vaut-elle à son auteur l’appui d’un groupuscule, le rejet des fondements même de la religion musulmane suscite une adhésion quasi unanime.
Commentaire du §2 – Je crains que la mode célébrant Ayaan Hirsi Ali n’ait déclenché une crise de jalousie. Hi hi hi ! (et en plus ça rîme)
§3 - J’observe et je finis même par craindre qu’y compris ceux que je considérais comme des amis entretiennent finalement une obsession contre la religion musulmane et peut-être contre les musulmans eux-mêmes. J’en déduis donc que le problème, pour beaucoup, n’est plus l’islamisme mais l’islam. Le problème n’est plus les islamistes mais les musulmans. Je tire cette conclusion parce que certains veulent nous faire admettre, en raison de leur lâcheté, qu’ils vomissent l’islam mais qu’ils digèrent les musulmans. Comment est-ce possible ? Il est vrai que les goûts gastronomiques ne se discutent pas mais tout de même un peu de cohérence permettrait d’avoir une ligne claire.
Commentaire du §3 – M. Sifaoui fait semblant d’hésiter entre « J’observe » et « Je crains », pour affirmer clairement que ses amis de Riposte Laïque « entretiennent finalement une obsession contre la religion musulmane et peut-être contre les musulmans eux-mêmes ». Il n’explique pas comment on peut respecter une religion qui n’a point de respect pour les êtres humains, et surtout pas pour les musulmanes. Il mélange, immédiatement après, religion et musulmans ; une croyance et des êtres. C’est comme si la prescription des voilages générait une peau supplémentaire chez les musulmanes. Critiquer les prescriptions islamiques est absolument nécessaire pour soutenir l’émancipation de nos concitoyennes musulmanes et de leur progéniture féminine et masculine. Si M. Sifaoui ne discerne pas encore entre islam et musulman(e)s, c’est que sa logique laisse à désirer. A moins qu’il ne manque de bonne foi. Sa seule consolation est qu’il n’est pas le seul à faire cet amalgame entre religion et croyants.
§4 - De plus, si j’ai bien compris le débat qui s’installe, le « bon musulman » serait, en substance, celui qui déclare son athéisme. « Reniez votre religion débile et nous allons enfin considérer que vous êtes dignes de notre soutien et de notre reconnaissance », semblent dire certains non sans une certaine condescendance et un paternalisme que beaucoup ont désormais du mal à cacher.
Commentaire du §4 – L’auteur semble citer quelqu’un ici et y ajoute foi en usant des guillemets et en abusant de l’expression ‘en substance’. Mais il ne précise pas qu’il se cite lui-même. Il se fait du cinéma en étant scénariste et acteur, exprimant un terrible besoin de reconnaissance !
§5 - Cette surenchère est à la fois malsaine et surtout contreproductive. Et elle est d’autant plus gênante qu’elle s’inscrit dans une théâtralisation du « combat laïc » et a tendance, de plus en plus, à être « pipolisée ». Le rejet ou la critique de l’islam ne me gêne absolument pas. J’ai tendance à préconiser une approche voltairienne par rapport à des discours ou à des analyses que je ne partage pas. C’est dire que ce n’est pas en tant que défenseur de la religion que je m’exprime mais tout simplement en tant que laïque qui pense que si la religion doit être clairement séparée de l’Etat, celle-ci doit être protégée notamment contre la diabolisation.
Commentaire du §5 – Et pourquoi donc devrait-on protéger une religion n’ayant aucun respect pour la dignité humaine ?!
§6 - De ce point de vue, je suis tout à fait à l’aise en écrivant ce qui va suivre. Je l’ai écrit, dit et répété : Ayaan Hirsi Ali doit être soutenue. Et je la soutiens sincèrement et totalement. Et certainement pas comme Ségolène Royal qui a tenu à être présente à ses côtés le dimanche pour la photo avant de se démarquer habilement le lendemain, sur une radio nationale, du discours d’Ayaan Hirsi Ali. Je ne la soutiens pas non plus comme Libération qui durant des années a considéré que toute critique de l’islamisme était un « acte d’islamophobie » avant de s’afficher aux côtés de celle qui ne cache pas sa détestation pour l’islam. Je ne la soutiens pas enfin comme Rama Yade qui, tout en supportant un discours présidentiel inquiétant sur la question de la laïcité, voit dans la présence d’Ayaan Hirsi Ali à Paris le « coup de comm » qu’il ne faut surtout pas laisser passer. Je soutiens Ayaan Hirsi Ali et je ne veux ni me laisser photographier à ses côtés, ni faire un « coup de pub » à travers son action.
Commentaire du §6 – Rien à redire.
§7 - Parce que ce que je soutiens, ce n’est certainement pas son discours qui est, à ne pas en douter, le résultat de la trajectoire d’une jeune fille traumatisée par une histoire personnelle écrasée par le poids d’une série de dogmes et de cultures moyenâgeux et surtout par la folie des hommes. Ce que je soutiens, ce n’est certainement pas sa décision d’aller se mettre sous la coupe des néoconservateurs américains qui, au lieu de combattre l’islamisme, le nourrissent à travers des politiques hasardeuses et des idéologies suspectes. Ce que je soutiens, c’est le principe. Celui qui me pousse à dire que tout ce que dit cette femme à l’égard de l’islam est d’une niaiserie rare, les discours qu’elle ressasse sont le résultat d’une profonde méconnaissance de l’islam mais que cependant elle a le droit de continuer à répéter des contrevérités, elle a le droit d’exprimer sa détestation de l’islam, du Coran et du prophète sans risquer sa vie. N’en déplaise aux émules de Ben Laden et aux supporters de Tariq Ramadan ; n’en déplaise aux « autorités religieuses » musulmanes et aux derviches tourneurs du salafisme, la liberté de conscience, de parole de Ayaan Hirsi Ali ainsi que sa liberté de circuler normalement représentent, à mes yeux, des principes qu’il nous faut soutenir.
Commentaire du §7 – Savourez l’enchaînement : « série de dogmes et de cultures moyenâgeux et surtout par la folie des hommes » dont serait victime Ayaan Hirsi Ali. M. Sifaoui évite soigneusement, avec beaucoup d’intelligence, de nommer clairement la religion qui est intimement mêlée à cet enchaînement. Ce qu’il veut nous faire admettre ? Ce sont les déviants qui sont derrière le malheur d’Ayaan, mais pas l’islam. Donnons lui raison pour l’évidente inefficacité de Bush. Mais il aurait pu être plus précis et écrire "Bush et les généraux, du Pakistan à l’Algérie en passant par l’Arabie". De fait, Bush, comme l’Arabie et l’Algérie, pense que l’islam est religion de paix. Amen ! Nous croyons sur parole tout ce que nous disent les Bush et Cie pétro-gazière ! M. Sifaoui juge sévèrement ce que dit Ayaan sur l’islam, mais il ne nous avance pas d’un iota puisque rien de concret n’est précisé dans sa critique. Le soutien inconditionnel à la liberté d’expression est tout à fait respectable. Il honore M. Sifaoui et le distingue de ceux qui s’empressent d’ajouter des MAIS... Lui, il soutient aussi bien le principe de liberté pour les autres que son droit de critiquer Ayaan, ce qui est très saint comme conception de la démocratie.
§8 - En clair, je ne soutiens pas cette femme – comme certains – parce que je partagerais son point de vue (ce serait facile) mais je me dois de la soutenir parce que j’estime que bien qu’elle dise des choses avec lesquelles je suis en désaccord, aucune personne n’a le droit de menacer son intégrité physique et sa tranquillité.
Commentaire du §8 – Génial !
§9 - Bizarre d’ailleurs est cette attitude qui poussent plusieurs « amis » à soutenir, de facto, à la fois la personne menacée et son discours. C’est comme si je me disais que les caricatures de Mahomet dont j’ai soutenu la publication – pour le principe de la défense de la liberté d’expression – deviennent de fait des chefs d’œuvres. En fait, je trouve la plupart des dessins d’une nullité artistique totale, ce qui ne m’empêche pas de soutenir sans failles les caricaturistes danois.
Commentaire du §9 – Un journaliste sais qu’il n’y a rien de facto : il faut préciser où exactement cela a été proclamé. Moi, je trouve beau le dessin Mahomet avec son turban explosif et, comme je l’ai écrit dans Charlie Hebdo, ce n’est même pas une caricature : c’est en deçà de la réalité historique de mon Prophète dont j’assume les exactions jihadiques pour mieux les exorciser.
§10 - Selon le site animé par Pierre Cassen, ce n’est pas cette brave Ayaan Hirsi Ali, cette femme si belle si intelligente cette désormais « voltaire africaine », cette exception « qui va parler d’une religion de paix pervertie par les méchants islamistes ». Certes, ce n’est pas elle. Ce sont certainement d’autres cons, d’autres salauds, d’autres fanatiques, d’autres illuminés, d’autres obscurantistes dont je fais partie. Beaucoup de musulmans attachés à la laïcité, aux principes des droits de l’Homme et à la démocratie apprécieront d’être renvoyés ainsi à leur « religion arriéré, totalitaire et violente ». Les choses ont le mérite d’être désormais très claires.
Commentaire du §10 – Puisqu’on n’a rien dit de méchant sur lui dans Riposte Laïque, M. Sifaoui nous montre ici qu’il est capable de s’insulter lui-même, tout seul sur son blog, et d’en déduire que les choses ont le mérite d’être désormais très claires. Il se peut qu’il ne nous dit pas tout et que bien des échanges directs ont pu avoir lieu entre M. Sifaoui et la rédaction de Riposte Laïque sans qu’il ne nous en souffle mot. Il est vrai que, comme M. Sifaoui, les journalistes professionnels ne révèlent pas toujours leurs sources et usent d’expressions du type « de sources proches du lit, il paraît que x et y couchent ensemble ; mais ça ne nous regarde pas ! »
§11 - Merci de me renvoyer à ma « communauté » et à mon obscurantisme. Parce que je le rappelle, accessoirement : je suis musulman. Merci de rappeler aux démocrates algériens - musulmans pour beaucoup d’entre eux – que « le problème » c’est la religion à laquelle ils restent attachés et non pas les extrémistes qui tuent en son nom. Merci d’abreuver l’extrême droite tout en crachant sur les musulmanes qui se battent dans les pays arabes pour leur émancipation. Merci de servir cette formidable pensée qui alimente le « choc des civilisations ». Et merci enfin de m’ouvrir les yeux et me permettre de mesurer le niveau de ma naïveté. Merci de me démontrer que je m’étais engagé aux côtés de gens qui cherchent – non pas à rappeler leur attachement à des principes universels – mais à « bouffer » du musulman.
Commentaire du §11 – Encore du mélange allègre entre islam et musulmans. C’est comme si les médecins étaient encore incapables de faire la différence entre le malade et ses propres métastases qui le rendent malade. M. Sifaoui ne veut surtout pas devoir discerner entre croyants sous chappe d’une religion et cette même religion, à tout jamais incompatible avec les droits de l’homme et surtout de la femme. M. Sifaoui a donc du mal à digérer ce constat pourtant si simple à faire. A Riposte Laïque on ne bouffe pas du musulman on tente de le raisonner et de lui démontrer que l’islam est bel et bien malade, pas seulement depuis le wahhabisme, mais depuis l’an 1 de l’Hégire. Depuis que les premières razzias ont été lancées contre les caravanes qui sillonaient l’Arabie du Sud au Nord et dont les propriétaires étaient en bonne partie installés à la Mecque.
§12 - Les salafistes peuvent également vous remercier. Vous leur donnez les arguments qu’ils ne cessent de rechercher, vous les confortez dans leurs convictions, vous légitimez leur discours. Continuez la pièce de théâtre. Je ne jouerai désormais ni les premiers ni les seconds rôles. Je ne ferai même pas de la figuration. Je refuse. Le scénario ne convient pas à mes convictions et le dialogue « bien-pensant » ne sied pas au sens que j’ai donné à mon combat contre l’intégrisme.
Commentaire du §12 – Puisque les salafistes se disent musulmans, je ne vois pas au nom de quoi on devrait leur dénier cela. Mais qu’ils soient musulmans salafistes ou progressistes, l’islam classique est définitivement contraire à notre éthique : les neuf veuves que Mahomet nous a léguées et qui étaient interdites de remariage, comme c’était le cas pour les harems des califes, jusqu’aux Ottomans et, parait-il, jusqu’à Hassan II, marquent notre histoire d’une infamie qu’il nous faut avaler comme une grosse couleuvre pour la digérer puis s’en débarasser par là où je pense.
§13 - Je défends le droit au blasphème. Je suis, bien que croyant, moi-même à mes heures un blasphémateur invétéré. Mais je ne peux pas laisser l’hypocrisie s’installer sans réagir. Qui peut prétendre dans un même article d’un côté respecter « les croyants » dont, je présume, les musulmans et écrire plus loin que la religion de ces mêmes musulmans est « arriérée, totalitaire et violente ». Ecrire cela voudrait dire tout bêtement que Pierre Cassen et ses amis – qui ne sont pas catalogués comme des religieux fanatiques – respectent d’une certaine manière l’arriération, le totalitarisme et la violence auxquels croient les musulmans. On ne peut pas prétendre que l’islam, son Coran et son prophète sont un « problème » et respecter ceux qui se reconnaissent dans ce même problème. Pour ma part, je n’ai aucun respect pour les totalitarismes, je n’ai aucun respect pour les idéologues de la violence mais je respecte sincèrement les croyants qui rejettent la violence et le fanatisme qui ne sont pas contenus dans la religion musulmane, n’en déplaise à Pierre Cassen, à Ayaan Hirsi Ali et à leurs amis.
Commentaire du §13 – M. Sifaoui crée ici un semblant de paradoxe qu’il n’arrive pas à résoudre. Respecter les êtres est une chose, respecter les prescriptions d’une religion est autre chose. On respecte même le pire assassin parce que sa dignité humaine est respectable en toute circonstance. Vous l’avez bien dit à propos de la liberté d’expression d’Ayaan. Mais nous sommes sans pitié pour la religion ou l’idéologie qui a amené l’assassin à tuer. Oui, en privé, vous pouvez croire au satanisme si vous voulez, vous serez respectable. Pas votre croyance. Autrement dit : la dignité humaine est sacrée, pas les religions ; et surtout pas l’islam=Mahomet+Coran qui n’a que peu de respect pour les humains.
§14 - En réalité, ceux qui écrivent cela ont une lecture de la religion musulmane qui est strictement identique à l’interprétation du Coran qui est faîte par les salafistes. Les uns et les autres ont tout simplement une lecture littérale. Cette même lecture du texte coranique qui a donné naissance à la barbarie islamiste est préconisée aujourd’hui par certains défenseurs de la laïcité. Drôle d’époque. Espérons que l’erreur qu’ils commettent – je préfère penser par méconnaissance – ne va pas engendrer chez eux les conséquences qu’elle a engendré chez les intégristes musulmans.
Commentaire du §14 – Il est trop facile de dire que les islamistes et les intégristes n’ont rien compris au Coran. C’est une tromperie qui n’a que trop duré ayant comme but de dédouaner l’islam=Coran+Mahomet. Mahomet ordonnant et conduisant des razzias n’aurait-il rien compris non plus ? Mes preux ancêtres qui guerroyaient dans la voie d’Allah (fî sabîli l-lâhi) et qui sont arrivés jusqu’à Poitiers n’avaient rien compris ? Et l’hypocrisie ? Les Turcs ottomans, des steppes de leur Asie jusqu’aux portes de Vienne n’avaient rien compris ?!
J’ai le courage d’assumer mon histoire islamique toute entière et je ne condamne pas uniquement les jihadistes d’aujourd’hui, mais le jihad tout court, celui qui est bel et bien prescrit par le Coran et par Mahomet.