J’ai eu le plaisir d’être invité à plusieurs débats télévisés sur la chaîne internationale France 24. Aussi bien sur le plateau anglais que sur le plateau arabe.
Voici le dernier débat auquel j’ai participé le 11 septembre 2008
[->http://www.france24.com/ar/20080911-arabic-face-off-terrorism-alquaeda-&navi=DEBATS]
[http://www.france24.com/ar/20080911-arabic-face-off-terrorism-alquaeda-&navi=DEBATS->http://www.france24.com/ar/20080911-arabic-face-off-terrorism-alquaeda-&navi=DEBATS]
En voici la traduction intégrale validée le 20 septembre par mon interlocteur, le journaliste Hedi Yahmed.
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{{{Introduction}}}
Modérateur : {{Tewfiq Majid (TM)}} :
Chers fidèles à la chaîne, Bonjour !
Vous, meilleurs téléspectateurs et critiques de notre émission où vous êtes les bienvenus, voici « Face à face »
Sept ans après l’attaque du 11 septembre, l’organisation al-Qaida reste, sous la direction de Ben Laden, objet d’opinions divergentes parmi les responsables et les experts internationaux. Certains considèrent que l’influence du réseau terroriste commence à péricliter, tandis que d’autres pensent qu’al-Qaida est active et dangereuse plus que jamais.
Est-ce qu’on peut parler aujourd’hui d’une organisation terroriste internationale ayant une direction centrale ?
Le terrorisme a-t-il reculé après l’attaque de l’Afghanistan et puis de l’Irak ?
Nous discuterons de ce sujet avec Pascal Hilout, activiste associatif et initiateur du nouvel islam et, Hedi Yahmed, journaliste du site islamonline.
Soyez les bienvenus !
{{{Questions et débat}}}
- TM : je commence par vous. Une question simple : à votre avis, est-ce que l’influence d’al-Qaida a reculé ?
- Hedi Yahmed (HM) : je pense que, de toute évidence, al-Qaida en tant que label et en tant qu’organisation, de façon virtuelle sur le net et à travers les médias, existe toujours. En ce qui concerne l’ancienne organisation, c’est à dire sous sa forme d’avant le 11 septembre, il est certain qu’elle n’existe pas sous sa forme traditionnelle. Elle est passée, comme l’indique un certain nombre d’experts, d’une forme centralisée, avec une direction unique qui se trouve en Afganistan et son chef Oussama Ben Laden, à une autre forme dite « contractuelle » (franchisée) où l’organisation se trouve à peu près partout, mais de façon détachée de la direction centrale qui se trouve en Afghanistan. Ainsi donc, l’organisation existe toujours, sous une autre forme. C’est à dire : al-Qaida est passé à une autre forme d’action, à une forme d’action contractuelle non rattachée au centre comme c’était le cas avant les événements du 11 septembre.
- TM : Pascal ?
- PH : Naturellement, il y a beaucoup de vrai dans ce qui vient d’être dit. Mais je pense que l’essentiel est de considérer ce que sont devenues les idées d’al-Qaida dans le monde arabe et musulman et ce à quoi nous a conduit l’intervention américaine en Irak. Intervention qui, en réalité, a conduit à une meilleure diffusion des idées d’al-Qaida dans le monde arabe. Elle a donné une nouvelle occasion aux fondamentalistes de nous montrer clairement leur férocité. A vrai dire, nous pourrions dire qu’il ne reste plus une réelle organisation en Algérie, par exemple, et peut être qu’il n’y a plus d’al-Qaida , comme elle existait en Irak, mais malheureusement, sa pensée s’est infiltré, s’est déployé dans le monde musulman, sur la place publique arabe. C’est ce qui est très grave.
Le fait d’être fâchés de façon permanente aujourd’hui avec les Etats-Unis, conduira à une opposition entêtée face à l’Occident, bien plus qu’avant. Et tout naturellement, al-Qaida peut se dépouiller de l’ancienne forme pour prendre de nouvelles configurations… et c’est ça qui est très dangereux. Nous savons qu’aujourd’hui, ils essaient d’infiltrer les prisons françaises et les prisons européennes, ainsi que les marginaux dans les pays arabes. Et pas seulement parmi les marginaux, chez les Saoudiens et autres Arabes aussi !
- TM : Hedi ?
- HY : Je crois que la question fondamentale qui se pose au sujet d’al-Qaida, sept ans après les événements du 11 septembre, est de savoir quels sont les résultats obtenus aujourd’hui. A mon sens, le résultat est, à tout point de vue, catastrophique : catastrophique sur le niveau interne au monde arabe en particulier et dans le monde musulman en général. C’est à dire que les dictatures sont devenues féroces (« ogresses ») : bien des leaders entreprennent des révisions constitutionnelles au nom de la lutte contre le terrorisme. Les mouvements islamiques, dont la tendance est dite modérée, se sont radicalisés et se trouvent plus cernés, muselés par les régimes en pays musulmans. C’est le résultat de ce qui est fait au nom…
- TM : au nom de la lutte contre le terrorisme
- HY : …de la lutte contre al-Qaida et contre ce qu’on appelle le terrorisme.
En Occident, en ce qui concerne les minorités musulmanes en Occident, la situation est telle qu’on ne peut nous l’envier en général. Il y a de la discrimination. Cela nous rappelle la situation des juifs dans les années trente du siècle dernier. C’est à dire …les musulmans…
- PH : (rire)… Je crois que Tu exagères de trop. Non, non ! NOUS, nous nous isolons : évidemment qu’il y a une tendance islamique naturelle à se mettre à l’écart. Nous ne nous marions pas avec les autres, nous jeûnons et ne mangeons pas avec les autres, nous ne buvons pas avec les autres, nous ne faisons pas la fête avec les autres…, mais à la base de tout cela il y a la religion juive et islamique. Mais ne revenons pas à cela.
Le problème est que Tu as raison lorsque Tu dis que les résultats effectifs sont catastrophiques. Même si al-Qaida envisageait de razzier, de la même manière que le prophète -Dieu prie sur lui et le salue (avec un sourire)-, dès ses débuts,… malgré cela, al-Qaida n’a pas réussi à envahir, … dominer ce qui pourrait être l’équivalent de la Péninsule arabique.
Evidemment, les terroristes en Algérie ont fini par comprendre qu’en tuant des musulmans, en massacrant les musulmans, il n’était pas possible d’atteindre une dictature qui est au pouvoir depuis la sortie de la colonisation (signe des guillemets avec les index), …la colonisation interne est toujours là-bas !…il va de soi que de ce point de vue, les activistes d’al-Qaida ont échoué. Ils ont aussi perdu la bataille autour d’Israël : aujourd’hui, il n’y a plus de …. Les Palestiniens sont divisés, les fondamentalistes sont divisés, mais !…
Le grave problème est le fait que le monde arabe, dans sa totalité, désire arriver au pouvoir par quels moyens ? Par des moyens, tout naturellement violents, à travers des razzias. Tous les gouvernements sont des dictatures, comme auparavant, mais aujourd’hui, il ne reste plus d’autres solutions que les conquêtes (razzias). Autrement dit, le retour aux racines, c’est à dire la fondation de la Péninsule arabique. C’est à dire razzia…rire.
- TM : Comment expliquez vous le fait que Ben Laden ait délégué la charge de communication à travers les médias à al Zawâhiri. Nous ne voyons plus Ben Laden, même pas sur Internet, depuis très longtemps ?
- HY : Sur cette question nous savons que ces dernières années, il y avait plein de rumeurs autour de sa maladie. Certains rapports avançaient même l’idée de son éventuelle mort, suite à une maladie contagieuse. Durant cette période, le nom du numéro deux, Ayman al-Zawahiri, avait brillé, comme porte-parole de l’organisation. Beaucoup d’experts pensent que cela provient de la personnalité même d’al-Zawahiri : une personne qui, depuis qu’il était en Egypte, nous le savons, il était le leader du Groupe Islamique (Jamâ’a islamiya) en Egypte, c’était une personne qui aimait être mise en avant, apparaître. C’est quelqu’un d’éloquent, qui a une certaine façon attrayante de communiquer. Tout cela en faisant la personne toute désignée et le préparait à devenir porte-parole d’al-Qaida.
- TM : et vous, vous pensez qu’aujourd’hui l’organisation al-Qaida est plus dangereuse qu’auparavant ?
- PH : naturellement… je pense qu’elle passera à d’autres moyens… En réalité, nous sommes revenus à des pays arabes tels qu’ils étaient avant la colonisation et avant..
- TM : que voulez-vous dire … sur le plan économique et social ?
- PH : non, sur le plan soci… politique. Il ne reste plus aucun espoir de démocratisation. Il y avait bien évidemment le socialisme et la démocratie dont notre génération rêvait durant les années 60 et 70
- TM : Vous pensez donc qu’indirectement al-Qaida a rendu un service aux régimes en place dans ces pays ?
- PH : bien évidemment, et aussi à l’islam tout court, à l’islam simple où tu ne prends le pouvoir que si tu accuses ceux qui sont au pouvoir de ne pas être suffisamment musulmans. Si nous lisons Ibn Khaldoun, nous trouverons que l’histoire de l’islam consiste en une répétition de cette opération : à chaque fois qu’il y a un pouvoir, avec le temps, il est accusé de ne pas défendre suffisamment l’islam, d’être complice de puissances étrangères, les ennemies de l’islam. Et puis viennent des « militants » (signe des guillemets avec les index) ou des combattants pour conquérir (razzier en arabe) le pouvoir. Nous sommes …, je crois que le monde musulman est revenu à la situation où il était avant, à l’origine . C’est à dire, la foi et le tribut… la foi est exploitée pour se saisir du pouvoir et finalement pour s’emparer du tribut, du pétrole.
- TM : ce qui est curieux, c’est que sans l’aide d’une puissance étrangère, disons des mains étrangères, comment tous ces combattants, entre guillemets, peuvent-ils quitter facilement l’Irak et rejoindre une autre zone de combat, l’Afghanistan, comme le répète les experts ces derniers temps ?
- HY : tout d’abord, Tawfiq, je voudrais commenter un point, concernant la crise de la démocratie dans le monde arabe. Evidemment, il y a une crise profonde qui date même d’avant les événements du 11 septembre, mais la crise s’est aggravée après les événements du 11 septembre, dans la guerre contre le terrorisme. L’accusation s’adresse tout naturellement aux mouvements islamiques et, en premier lieu, à l’organisation al-Qaida, qui a été la cause principale de cette réaction-régression dans les pays arabes et les pays musulmans en général… Les régimes occidentaux ont aussi participé à cette régression : bien des dirigeants de régimes occidentaux, comme la France : Sarkozy et Chirac, avant lui, ont soutenu les régimes autoritaires dans beaucoup de pays arabes. Il n’est pas utile de citer des exemples…
- PH : mais pour ce qui est de Hassan II, c’est aussi grâce à la France qu’on s’est débarrassé de la dictature de Hassan II … et il s’est avéré que ses prisons étaient pleines de prisonniers…
- HY: oui, c’est cela même ! Il y a une démocratie au Maroc ! sourire…
- PH : …non, non ! J’ai dit …
- HY : vous avez raison, le Maroc est le paradis de la démocratie… Non, les pouvoirs sans exception, sont…
- PH : j’ai dit…
- HY :…sans exception sont des dictatures autoritaires…
- PH : j’ai dit : les Français nous ont aidé à démontrer que la dictature hassanienne avait des prisonniers…
- TM : après la mort de Hassan II
- PH : non, non, avant sa mort. Non, mon frère ! Giles Kep … Gilles Perrot, lorsqu’il a publié son livre Notre ami le roi et Sarfati,
- TM : il a écrit au sujet des amis de ???
- PH : …… Sarfati… mon frère !… L’Occident nous aide pour ce que nous voulons. L’Occident nous demande bien évidemment de devenir démocrates… Personne ne pourra nous gratter le dos aussi bien que nos propres ongles . NOUS sommes les responsables ! responsables… (tournant vers mon contradicteur ) …c’est ça l’irresponsabilité dans tous les pays arabes.
- HY: c’est certain… la responsabilité est partagée, bien évidemment.
- PH : non…la responsabilité nous incombe en premier lieu… à nous…
- HY: l’Occident en supporte une partie… Lorsque nous débattons des pays arabes, il y a beaucoup d’interventions aux nom d’intérêts…
- PH : bien évidemment !…
- HY : …Kadhafi a été l’invité de Paris, mon frère !
- PH : et maintenant il collabore avec les services secrets américains ! rire
- HY: … et on lui a déroulé le tapis
- PH : … il est devenu Roi des Rois d’Afrique…Une fois qu’il s’était débarrassé du roi, il nous a, évidemment, institué des républiques populaires pour mystifier le peuple. Et aujourd’hui, il est devenu Roi des Rois Africains pour leur distribuer quelque argent du pétrole, pour vivre sur le pétrole, sur le TRIBUT. Tous les pays musulmans, tous les gouvernements islamiques et islamistes …
- TM : c’est ce discours qu’al-Qaida continue de répéter !?
- PH : bien sûr ! Al-Qaida a eu comme conséquence d’amener le pouvoir arabe à redevenir comme il a été auparavant… Ils ont en réalité imprégné…
- TM : …comme au temps du califat
- PH : …au temps du califat. Le califat… avec des émirats différents les uns des autres ; mais sur le même modèle, nous gouvernons selon le même gabarit. C’est à dire que toute personne qui possède un fief le gouverne et l’exploite, notamment le fief du pétrole, le fief du gaz, le fief des phosphates… Tous les gouvernements ont, bien évidemment, une justification pour se maintenir au pouvoir et pour taper sur le peuple : il y a al-Qaida et il y a des fondamentalistes !
Et les fondamentalistes sont arrivés au pouvoir, c’est à dire, leur « gouvernement » est mis en pratique par les régimes islamiques. Et si les fondamentalistes arrivaient un jour au pouvoir, ils ne feront rien d’autre ! Car notre pensée politique est construite sur la base suivante : sur la foi , sur la tribu et sur LE tribut ! Celui qui a le pouvoir exploite les deniers des musulmans. Point final !
Nous devons d’abord sortir de cette façon de penser, de cette pensée moyenâgeuse que nous avons hérité de l’islam à la Mecque, d’où sont parti les razzias, au nom de la foi, au non d’Allah, pour tuer et pour massacrer… celui qui sort de l’islam nous lui faisons la guerre ; après cela nous avons razzié et conquis d’autres pays jusqu’à ce qu’arrivent les Tartars, qui étaient des bédouins plus forts que nous, pour nous balayer…rire…pour balayer le califat abbasside.
- TM : Hedi ?
- HY : à propos de cette question, c’est à dire de l’islam, des islams : les lectures sont nombreuses. Là-dessus il n’y a pas consensus. Il ne faut surtout pas généraliser…
- PH : …le même usage : l’épée…rire
- HY : …des lectures…il y a plus d’une lecture de l’islam
- PH : …mais il y a la pratique…
- HY : il y a la lecture d’untel, (des talibans) et puis la lecture d’un autre.. (de Ordogane en Turquie)
- PH : notre histoire… notre histoire, jusqu’aux Turcs, signifie l’épée. Celui qui détient l’épée…, celui qui détient l’épée exploite la caisse de l’Etat et bien évidemment exploite….Notre patrimoine n’a produit aucune démocratie.
- TM : nous n’userons pas d’épée contre vous, mais le temps est limité. Il ne me reste qu’à remercier l’activiste associatif et initiateur du nouvel islam, Pascal Hilout et le journaliste du site islamonline, Hedi Yahmed. Je reviens et vous retrouve ce soir dans l’émission « Débat ». Ne vous éloigner pas de l’écran afin de suivre les dernières informations avec Aziza Nait Si Baha.